Classiques et cie

Bellefleur de Joyce Carol Oates

Bellefleur est le premier tome d’une trilogie se déroulant aux Etats Unis et suivant une famille bourgeoise tout au long du XIXe siècle. Cependant, chez Joyce Carol Oates, tout est prétexte à l’introduction d’un bizarre, d’une anomalie monstrueuse produisant un fantastique poétique qui plonge le lecteur dans un temps hors du temps alors que l’histoire narrée ici n’est pas à proprement parlée extraordinaire; naissances, mariages et morts rythment ce récit. Ce qui est peu ordinaire dans l’esthétique d’Oates est le caractère fondamentalement inhumain de la nature humaine. Elle développe l’hypothèse que les actions humaines, un jour ou l’autre, dépasseront l’entendement. Ainsi, porté par son style unique, un acte prendra une tournure grotesque et conduira soit à la tragédie soit à la comédie. Elle bâtie une histoire de famille en utilisant la forme du roman épique, à la mode au 16e-17e siècle, lui donnant, par la même occasion, l’opportunité d’explorer le caractère baroque d’une écriture déjà infiniment structurée, travaillée et érudite. En effet, son style allie une certaine ampleur proustienne à une précision méticuleusement flaubertienne. Les phrases s’étalent sur la page, à la fois paresseuses et acérées; indolentes et insolentes.  joyce-carol-oates-bellefleur

Ce livre est exigent tant dans la réflexion menée que dans la forme. Il faut le savourer et le déguster. Prendre son temps et se laisser porter par une narration qui disloque la temporalité en un kaléidoscope halluciné de souvenirs qui s’entrechoquent les uns contre les autres ou se fondent et éclairent un passage précis du texte. Cette trame narrative, volontairement compliquée, nous plonge dans les arcanes de la mémoire et surtout de la mémoire familiale. Nous sommes comme des voyeurs assistant à un repas de famille essayant de comprendre le bombardement aléatoire de souvenirs évoqués.

A cela, ajoutez l’histoire des USA au second plan, une réflexion sur le rapport entre l’homme et la nature, une interrogation obsédante concernant l’existence d’une divinité et vous obtiendrez un chef d’oeuvre dense, exigent et érudit. Il fait parti de ces livres qui vous obsèdent et vous attirent irrésistiblement à lui.

Tout est maîtrisé à la perfection. Je dirais que Joyce Carol Oates a réussi l’exploit de produire un hybride parfait entre roman et poésie; réalité crue et fantasmagorie déchaînée. Elle illustre à la perfection la notion de mimèsis; c’est-à-dire recréer le Réel par l’Art.

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