Classiques et cie

Un barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras

Ce récit est celui d’un naufrage qui à chaque page semble s’enfoncer un peu plus vers une tragédie inéluctable. Sous le flot verbal, d’une jeune fille dépitée et outrée, nous assistons à la lente déchéance du monde des colons. Tout est décadence dans ce sombre récit aux accents exotiques d’une fausse littérature coloniale. Il n’est pas question, ici, de s’enivrer d’une jolie histoire avec un rythme mignon tout plein mais bien d’apprécier les coups de ciseaux rageurs décrivant un monde à l’aide d’un style minimaliste où un mot surgira dans la noirceur pour faire naître le Grotesque accroché au Sublime. L’Absurde est la lanterne d’une famille à la dérive qui de déboires en déboires, d’illusions en désillusions a cru jusqu’au bout pouvoir être maître de l’infinie liberté matérialisé par le Pacifique, cet océan boudeur qui ruera dans les brancards à la première occasion ruinant les espoirs de la mère qui finira par se coucher. 

Mais, l’Ailleurs, qu’on espère, jamais, ne peut être séparé de l’existence humaine. C’est pourquoi au bout de la nuit, Suzanne, Joseph et leur mère trouveront la clef de la prison de misère dans laquelle, tel un papillon et sa lampe, ils vivaient avec une rage contre la vie même qui, jamais, ne voulut être clémente.

La fascination pour le mot juste et la phrase courte ancre ce chef d’oeuvre de la révolte, contre une misère aliénante, dans un Réel qu’il transforme au fil des phrases indolentes. Le style transcende l’action en un geste inutile faisant, ainsi, écho à un certain roman, publié en 1856.

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